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17.09.2008

J'ai peur de cette Côte d'Ivoire (1)

Je viens de voir à la une d'un quotidien ivoirien que le Général Kassaraté de la gendarmerie nationale menace d'annuler les résultats de la session 2008 des examens d'entrée dans cette institution, entachés de corruption. J'espère que le Général ira au delà des menaces et que comme le titre ce journal les responsables seront jugés.

Cette affaire fait malheureusement partie du quotidien en Côte d'Ivoire et elle passera sans doute inaperçue. Ce qui sort par contre des habitudes c'est qu'une personnalité de ce rang reconnaisse que cette corruption est effective et gangrène toute notre société. Après avoir longtemps fermé les yeux sur ce phénomène je crois que ce n'est que cette année (ou l'an passé) que le Président s'est prononcé publiquement sur ces concours et examens où l'argent et "connaître quelqu'un du circuit" et non plus le mérite constituent la garantie du succès.

La crise a le dos large ! On a d'autres priorités, les gens s'adonnent à cela à cause de la situation, quand la crise finira on va régler tout ça ... Que n'entend-t-on pas pour justifier ou excuser cette folie collective. C'est triste mais tout le monde connaît les tarifs pour obtenir un examen à Abidjan, on va de 300.000 Francs CFA à 4 millions du BEPC à l'entrée à l'ENA, en passant par le BTS, les concours de la fonction publique, la police, les douanes et autres.

C'est une génération aux diplômes et aux compétences douteuses qu'on est en train de créer. L'élève ou l'étudiant, à l'approche de l'examen quand papa ne fait pas partie du cercle des Refondateurs (du parti au pouvoir), il se bat pour trouver un parent qui pourrait prêter ou donner de l'argent pour acheter son diplôme. Ce serait trop facile de mettre cette situation sur le compte du Président Laurent Gbagbo et ses amis seuls, leurs prédécesseurs y ont largement contribué c'est sûr. Mais le fait est que ce sont les Refondateurs qui sont aux affaires actuellement et avec eux ce business est devenu encore plus organisé et a gagné de l'ampleur.

Quand dans un pays la corruption est à ce point érigée en règle ça fait peur ! Malheur à ceux qui ne peuvent pas "payer" où dont les parents croient encore aux vertus du mérite. Ils ne peuvent qu'espérer qu'il reste encore des places après qu'on a positionné les personnes sur les listes des Refondateurs et ceux qui ont payé.

Notre système produit donc des diplômés sans qualification; des policiers, des douaniers et autres qui passent leurs premières années à se battre pour amasser le maximum d'argent afin de rembourser les dettes contractées par la famille pour payer le concours d'entrée.

Cette situation est d'autant plus dramatique qu'elle ne s'arrête pas aux examens et concours. Deux petites anecdotes avant de poursuivre. En trois années de vie au Sénégal, je n'ai été contrôlé par la police que deux fois (et Dieu seul sait à quelles heures je traîne à Dakar). La première fois c'était lorsque je me rendais en Gambie voisine par la route, la seconde fois c'était tard dans la nuit alors qu'il y avait eu une agression pas loin de l'endroit où j'étais. Quand je pense au calvaire que subissent au quotidien les étrangers et en Cöte d'Ivoire MEME avant la crise. Et d'ailleurs tous ces barrages, ces harcèlements policiers existaient quand ces armes et ses assaillants ont traversé tranquillement le pays. Ceux qui vivent encore sur un petit nuage parleront de complicité ou de magie, moi je dirai que c'est en grande partie du à cette corruption de nos forces de l'ordre.

Autre fait, pour la légalisation d'un document à la police au Sénégal, j'achète mes timbres, je fais le rang, je le dépose et j'ai mon document le même jour, dans l'après-midi. Et pour cela je n'ai pas besoin de connaître ou de graisser la patte à qui que ce soit. A Abidjan, à la mairie, cette même opération peut prendre une semaine, un mois voir plus et si je glisse un 1.000 Francs, je peux l'avoir le même jour, dans l'après midi.

Je ne dis pas qu'il n'y a pas de corruption au Sénégal, mais le fait est que par ces deux exemples (facilement vérifiables), elle est moins évidente qu'en Côte d'Ivoire. Je ne vais pas me lancer dans une comparaison entre les deux pays mais c'était juste quelques exemples qui font que cette Côte d'Ivoire me fait peur.

Une peur qui atteint son summum quand je vois que même la justice, pilier de l'autorité de l'Etat, fondement même de la démocratie et qui garantie les droits et les libertés, fonctionne au rythme de la corruption. Quand un citoyen n'a plus confiance en sa justice ...

Heureusement que certaines actions timides certes mais qui ont le mérite d'être prises donnent une lueur d'espoir aussi infime soit elle. Le Chef d'Etat Major des Armées le Général Philippe Mangou a lancé une vaste opération de lutte contre la corruption au sein des forces de l'ordre. Des résultats intéressants auraient été enregistrés mais bon, pourvu que ça dure. Nous avons connu plusieurs coups d'éclats du genre. Autre coup, la poursuite et l'arrestation des dirigeants de la filière café cacao. Là encore, on attend de voir la "fin du film" comme on dirait chez moi à Yopougon.

L'autre facette de cette Côte d'Ivoire qui me fait peur et qui nous touche directement nous qui utilisons beaucoup internet, c'est ce phénomène de "brouteurs", d'escrocs qui sévissent sur Internet depuis le pays. La réputation du pays est largement affectée du fait de ces individus.


Commentaires

Maintenant que j'y pense je ne crois pas avoir été une seule fois contrôlée (sur 4ans) par les policiers en Mauritanie, et pas non plus depuis mon arrivée ici. Le calvaire des chauffeurs de taxi et de certains étrangers est plus que préoccupant au pays!

Ecrit par : Ayyahh | 18.09.2008

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